L’IA va augmenter le promoteur immobilier, pas le remplacer
Article Publié le 8 janvier 2026Entrepreneur de la proptech et directeur de l’Observatoire immobilier de l’Institut Sapiens, Jérôme Revy porte un regard éclairé sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans la promotion immobilière. Entre retards structurels et perspectives de transformation, il analyse les évolutions à venir dans un secteur en crise et encore peu digitalisé.

Comment concevez-vous l’usage de l’IA dans le secteur de la promotion immobilière ?
Il faut comprendre que l’IA n’est pas une simple innovation technologique supplémentaire. C’est un véritable changement de paradigme, une redéfinition de l’intelligence humaine appliquée au métier. Cette révolution est plus rapide, plus transversale que les précédentes, et surtout irréversible.
Concrètement, l’IA va automatiser certaines tâches, mais surtout augmenter l’intuition, raccourcir les temps de décision et amplifier toutes les expertises. C’est un partenaire cognitif qui va réinterroger nos façons de travailler.
Nous passons d’un monde où l’information était rare et coûteuse à un monde où l’on peut ingérer des volumes de données massifs en temps réel. Cette caractéristique fait bouger les lignes en profondeur : les promoteurs voient leur avantage informationnel historique disparaître, ce qui risque d’intensifier la compétition entre les acteurs.
Ce qui fera la différence demain, c’est la capacité à décider rapidement. Car il y a une chose que l’IA ne saura jamais faire : prendre un risque. La prise de risque financier, la connaissance territoriale fine, les relations avec les élus et les collectivités, ces discussions auxquelles l’IA n’aura jamais accès – c’est là que réside la valeur ajoutée irremplaçable du promoteur.
L’IA va fournir une information qualifiée permettant d’analyser les potentiels, d’évaluer un foncier. Le promoteur pourra se concentrer sur ce qu’il sait le mieux faire : créer davantage de logements, négocier, prendre des risques calculés. On va augmenter le promoteur plutôt que le remplacer.
Quelle est aujourd’hui la maturité du secteur ?
Pour être honnête, la maturité est très faible dans l’immobilier, que ce soit dans la transaction, la gestion ou la promotion. Les acteurs ne sont pas prêts. La crise économique que traverse le secteur réduit leur capacité à mener des réflexions rationnelles sur ces sujets. Les budgets d’innovation sont réduits, les équipes aussi.
Mais ce n’est pas la seule raison ! Le secteur est également, globalement, encore peu digitalisé, or c’est un prérequis pour l’IA.
Concrètement, comment l’IA s’applique-t-elle aux différentes phases de la promotion immobilière ?
Aujourd’hui, les usages restent assez limités, mais on peut distinguer plusieurs niveaux de maturité selon les phases.
En phase amont, la prospection foncière bénéficie déjà d’outils d’analyse de données que l’IA vient fiabiliser. On trouve de la détection d’opportunités, de l’évaluation de foncier, des calculs de faisabilité, du calcul de bilan carbone. Ces outils existent mais sont peu utilisés. La plupart des promoteurs travaillent encore comme il y a dix ans : avec un tableur et une évaluation “au doigt mouillé”. Pourtant, on ne saurait pas faire l’analyse d’autant de données sans l’IA.
La phase conception et chantier est plus mature. Le BIM existe depuis longtemps, et l’IA lui apporte une valeur supplémentaire : aide à la conception pour éviter les reprises, réduction des risques d’erreur, conception décarbonée, mesure de l’impact carbone, analyse du cycle de vie. Sur le chantier lui-même, l’IA permet de détecter des erreurs entre le planning et la réalisation réelle, d’améliorer la sécurité, de suivre l’avancement de manière beaucoup plus fine.
Quels bénéfices les promoteurs peuvent-ils attendre ?
Le gain central, c’est le temps. Avec l’IA et une plus grande digitalisation du secteur, nous gagnerons énormément de temps sur toutes les phases du projet. Une étude de faisabilité qui prend actuellement trois semaines à un architecte pourrait être réalisée en quelques minutes. Le processus de dépôt et d’analyse du permis de construire pourrait être considérablement raccourci. Au final, c’est toute la chaîne qui s’accélère : de la prospection foncière jusqu’à la livraison du programme.
Et ce gain de temps a un impact social majeur. Quand on a besoin de loger une population sous tension, pouvoir ramener le délai de réalisation d’un programme à quelques mois plutôt qu’à plusieurs années, c’est un véritable bénéfice pour la société.
Le second gain, c’est la fiabilité. Aujourd’hui, les problèmes de coordination entre corps de métier, les plans non à jour, les interventions mal séquencées – comme l’électricien qui intervient après le plaquiste – arrivent tous les jours sur les chantiers. Avec l’IA et les outils digitaux, on réduit considérablement ces risques. Même si les promoteurs ne gagneront pas nécessairement d’argent – les terrains et les coûts de construction resteront élevés – ils maîtriseront mieux leurs projets et éviteront les erreurs coûteuses.
Quelle place pour les éditeurs de logiciels dans cette transformation ?
Les éditeurs de logiciels sont les moteurs de la transformation. Dans tous les secteurs d’activité, c’est la clé parce qu’ils font l’interface entre l’homme et la donnée.
Dans la promotion immobilière, on a besoin d’outils pour gérer la relation client, le chantier, les approvisionnements, la commercialisation, la modélisation 3D… et l’IA doit être intégrée dans ces outils du quotidien des promoteurs. Idéalement, un grand outil qui chapeaute toutes les fonctions, car il est, en pratique, difficile d’utiliser plusieurs outils en parallèle, d’autant plus avec les problématiques de réutilisation et de stockage des données que cela implique.
Pour l’instant, dans le secteur, on est encore au stade de la digitalisation des process, mais la nouvelle étape consistera à automatiser ces process grâce à l’IA, qui est au cœur de l’évolution des éditeurs de logiciels.
Quelle est votre vision à horizon 2030-2035 ?
Le permis de construire pourrait être entièrement digitalisé, voire automatisé grâce à l’IA : dépôt électronique, analyse automatique en conformité avec le PLU et les politiques locales, réponse de principe accélérée. Nous sommes déjà techniquement capables de le faire aujourd’hui, c’est une question de volonté politique et de coordination des acteurs.
Je crois aussi beaucoup à la généralisation de la construction hors site. Les promoteurs construiront en usine des modules qui seront assemblés sur site. Cette industrialisation, qui intègre l’IA dans tout le processus de conception et de réalisation, permet de garantir la conformité aux plans, d’éliminer la dépendance à la météo, de réduire les nuisances et d’améliorer considérablement la fiabilité.
Cependant, la rapidité de cette transformation dépendra de la santé économique du secteur. La crise actuelle a un effet domino : moins d’investissements dans les start-up qui portent l’innovation, moins d’innovations chez les éditeurs de logiciels, adoption ralentie par les promoteurs. Mais le mouvement est irréversible : la marche de la digitalisation est engagée, on ne reviendra pas en arrière.
Le métier de promoteur sera-t-il bouleversé ?
Je ne crois pas à une disruption totale. Le cœur du métier – chercher du foncier, l’évaluer, négocier avec les élus, prendre des risques – ne changera pas fondamentalement. On va l’accélérer, l’augmenter, mais pas le bouleverser.
Une chose est sûre : l’intuition humaine gardera toute sa valeur. L’IA est un partenaire cognitif formidable, mais elle ne remplacera pas le flair et l’expertise du promoteur.
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